Irwin Barbé est le jeune photographe qui a commis notre second lookbook de saison, intitulé The Fall, 2010. Part 2.
Nos calendriers respectifs ayant été chargés à l’époque du shooting, nous n’avions pas eu l’occasion de faire connaissance plus avant avec ce personnage intriguant. Irwin avait été plutôt discret voire carrément taiseux lors des trois séances, ce qui avait créé une atmosphère surréaliste mais superbe au processus. Dans ce lieu désert et impressionnant de froideur, où chuchotaient à peine les échos d’une galerie marchande abandonnée depuis des lustres, Irwin s’affairait avec les modèles dans une fluidité et une légèreté surprenante. Comme un retour à la Nature, au coeur de l’Enfer Béton. Une gestuelle simple, précise, des compositions naturelles, sans exagération
Pour en savoir plus sur les motivations et les visions de ce young gun dont on devine un talent puissant et un potentiel prometteur, nous avons donc décidé de l’interroger.
La dernière fois qu’on s’est vu, c’était dans une cave, pour un concert plutôt moyen, que fais-tu de ta vie depuis ?
Je vis à paris, j’étudie à l’ENSAD, je vais à des concerts (mais pas dans des caves), je passe des journées dans des lits onctueux, je fais peu de photos parce que je trouve la ville un peu moche : en gros, je oise pas mal.
Cela te plaît ?
Pas tant que ça, vu que j’ai l’impression de produire plus grand chose d’intéressant. C’est un peu comme si je régressais par rapport à avant, pourtant je travaille pour des magazine plus gros (Voxpop, Entrisme, Elle magazine, Korea, Pig Magazine..) et des gens plus importants (Housse de Racket, Zola Jesus, JCDC..).
Qu’envisages-tu de faire comme parcours de vie idéal ? Fonctions économique, sociale et culturelle s’entend. Comment comptes-tu payer tes pellicules, avec qui traîneras-tu plus tard, et écouteras-tu encore de la musique pour hipster à 40 ans ?
J’aimerai me marier, avoir trois enfants, une petite voiture de ville et ensuite un monospace, un chien, un pavillon en banlieue, des post-its collés sur le frigo, un reflex numérique dont je ne me servirai pas, des tapisseries avec des fleurs, et peut-être un écran plasma que je paierai en trois fois. Je n’écouterai plus de musique pour hipster, je n’aurai plus de vrais amis, j’aurai fait une croix sur cette période de ma vie, je me dirai que j’étais pleins d’illusions.
D’ailleurs envisages-tu de faire une crise existentielle à ce moment-là ?
Oui et j’essaierai d’avoir une maitresse plus jeune mais ça ne marchera pas alors j’irai voir un psy un peu tocard. J’irai au bar en sortant de mon travail pour oublier. Je rentrerai chez moi en étant saoul et je crierai sur ma femme et mes enfants.
Qu’est ce qui te motive pour te lever tous les matins ? L’argent ? La drogue ? Les filles ? Les garçons ?
Les jolis seins de ma copine, la neige, les endroits abandonnés en banlieue, la bouffe japonaise, et aussi mon réveil-matin qui est super fort et qui me laisse pas beaucoup le choix.
Bon sinon, quels sont les artistes qui t’inspirent, en photo, musique et autres domaines étranges qui t’intéresseraient (philatélie ? tuning ?) ?
J’aime l’indie pop anglaise des années 1980-1990, tous les groupes copiés par les Smiths. Sarah Records est le label le plus merveilleux du monde. Tous leurs disques sont chics, leurs visuels sont sobres et ils ont même eu le bon goût de tout arrêter quand ils ont vu le succès arriver et leur concept devenir artificiel. Sinon je regarde beaucoup les documentaires de Cousteau.
D’ailleurs, quel trauma enfantin t’a-t-il amené à faire de la photo ? Une démarche particulière t’a amené à ta technique et ton univers, ou fais-tu cela juste parce que c’est cool ?
Je n’en sais rien, peut-être que c’est parce que j’ai beaucoup voyagé et trop déménagé que je ressens le besoin de capturer certains moments. Peut-être que j’ai l’impression de ne rien ressentir et que la photo est un moyen de sublimer des choses que j’ai vécu à moitié. Je trouve pas ça cool en tout cas, c’est même plutot embêtant de transporter des appareils, surtout que ça devient vite assez obsessionnel, toujours chercher une image qui ferait une bonne photo.
Sérieux ?
Ouais, je fais vraiment pas des photos pour dire que je fais des photos. Je trouve ça plutôt facile en fait, juste se promener avec un appareil photo ou une caméra sous le bras.
Que retiens-tu (de bon et de mauvais) de notre première collaboration ?
L’endroit et les fringues étaient plutot chouettes, mais on était souvent un peu chaud sur le plan du timing. Peut-être qu’avec plus de temps et de matériel au niveau lumière, le résultat aurait été plus abouti. Mais l’intérêt de la série est aussi dans son coté très naturel et brut, donc je sais pas.
Est-ce qu’on peut te faire shooter notre prochaine série sur le thème de la nouvelle comédie US ? T’as un pote qui ressemblerait vaguement à Seth Rogen ?
Je connais pas trop la comédie US, j’ai seulement lu un truc sur Judd Appatow dans les Cahiers du Cinéma et j’ai toujours pas compris pourquoi ils en parlaient. Il ressemble à quoi Seth Rogen ?
Au fait, comptes-tu porter des tshirts de fan toute ta vie ?
Oui, je me suis toujours promis de pas trop m’embourgeoiser au niveau de l’apparence. Même si je me sens un peu en décalage des fois, je trouve ça bien de porter des tee shirts dégueux et pourtant de faire plus de choses dans ma vie que quelqu’un habillé avec des fringues hyper sophistiquées ou chères.
Allez, pour conclure balance nous une bonne citation un peu prétentieuse qui en dit plus sur toi. Comme celle que tous les débiles mettent sur leur Facebook.
“Le silence devient une rareté et une dimension que nous risquons de perdre”. Paul Virilio.
Conclusions: Paris c’est moche, Get Him to the Greek c’est inutile. Se taire et ne pas attendre demain.











